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ITW : L’art de la colorisation vu par Éloïse Labarbe-Lafon

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Entre photo et peinture, Eloïse créé des oeuvres surnaturelles aux couleurs éphémères. Une artiste coup de coeur qui nous livre son fabuleux projet en interview.  

Qui es-tu et que fais-tu dans la vie? Quel est ton parcours artistique?

Je m’appelle Eloïse,  j’ai 23 ans et je vis à Paris. Je suis en master d’histoire de l’art à la Sorbonne. Mon mémoire porte sur une cinéaste expérimentale travaillant à partir de la destruction et du décollage de pellicules filmiques. Je pratique la photo argentique depuis l’âge de 16 ans. Depuis quelques mois, je colorise et peins sur mes tirages, projet que j’avais en tête depuis 5 ans, mais que j’ai mis du temps à réaliser car l’expérimentation et le choix des techniques et des médiums que je voulais utiliser fut long. 

Peux-tu nous expliquer ton projet? Comment définirais-tu ton travail?

Il s’agit pour moi de morceaux de vie colorisés. Je redonne les couleurs qui me plaisent, qui me viennent, à mes images. Avec ce projet, j’essaie de créer une esthétique oscillant entre réel et irréel en façonnant des instants artificiels. Au travers de mes photos, j’invente des mondes oniriques sensibles que je choisis d’accentuer par un ultime travail de colorisation, afin de créer une réalité idéalisée. 

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Pourquoi avoir allier ces deux procédés pour en faire une auto-collaboration? Quel est l’impact d’utiliser ces deux procédés artistiques ?

J’ai toujours été très attirée par la peinture sans savoir exactement ce que je pourrais en faire. Ce projet d’alliance de la photo et de la peinture a été pour moi comme une révélation. Pouvoir améliorer, développer, donner de la texture à mes photos sans passer par photoshop. Agir directement sur l’image et mélanger les médiums, c’est ce qu’il me manquait dans la photo. Cette pratique rend la photo unique par l’intervention manuelle, on n’est plus face à une image qui peut être reproduite mécaniquement à l’infini, mais finalement face à un procédé qui opère le passage de la photo au tableau. 

 Tu fais des études d’histoire de l’art. Tes connaissances des différents courants te permettent-elles d’enrichir ta pratique?

Oui, mes études supérieures ne sont qu’une longue gravitation théorique autour de l’art. Il y a aussi le fait que toute ma famille a un pied dans l’art, et ce sont surtout mes parents qui m’ont transmis ce goût et sensibilisé à la rencontre avec les œuvres. J’imagine que le fait d’être immergée dans l’art depuis toujours a forgé chez moi une nécessité de créer à mon tour. La photo a été une pratique évidente et naturelle pour moi, relativement tôt j’ai créé mes propres images. On m’a souvent dit que mes images faisaient penser au style impressionniste, certainement par la fugacité des instants saisis. Mais si je devais rapprocher ce que je fais d’un courant artistique, ce serait du pictorialisme et de la photo plasticienne.  

Tes peintures me font penser à Paul Gauguin dans les tons. Fait-il partie de tes influences artistiques?

Je ne sais pas. J’aime beaucoup chez Gauguin le fait qu’il ne soit pas fidèle aux couleurs de la réalité. C’est très beau, j’admire ses intentions. Il se fie à ses sens, à l’harmonie, aux valeurs spirituelles de la couleur.

Quel est ton procédé artistique?

Je remarque qu’il y a presque toujours des figures humaines dans mes photos. Il s’agit souvent de séries correspondant à une pellicule ou à une temporalité de pose dans un espace précis, avec un modèle. J’utilise parfois des accessoires (kaléidoscopes, filtres brumeux) à la prise de vue. Et il m’arrive aussi souvent de photographier directement sur pellicule couleur, sans passer ensuite par le procédé de colorisation. En ce qui concerne la peinture, je suis toujours en quelque sorte en phase d’expérimentation, je produis selon ce que je ressens sur le moment, les couleurs me viennent et la touche varie selon le sujet. Sur mes tirages argentique, j’utilise de la peinture à l’huile mélangée à différents liants, je peins avec des cotons, des pinceaux, parfois avec mes doigts, selon l’intensité, l’opacité ou la transparence que je veux obtenir. Sur une zone de l’image je peux réaliser des glacis, sur une autre appliquer la couleur pure. C’est très long et minutieux, et je ne travaille pour le moment que sur de petits formats. J’ai pour projet de me lancer dans de grands formats. Des projets à thème sont déjà en cours pour cette nouvelle année. 

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Qu’est-ce qui t’inspire en premier? Ta photographie ou la peinture ?

Je peux répondre à cette question dans les deux sens. Parfois je travaille directement sur une photo qui n’était pas destinée à être peinte et j’imagine des combinaisons de couleurs pouvant mettre en avant les qualités de l’image. Mais il m’arrive également, dès la prise de vue, de penser au rendu possible en colorisation. Dans ce cas la composition de l’image est pensée pour servir la couleur. 



On peut dénoter une certaine ambiance dans ton art, assez éphémère et singulière. Quelle atmosphère veux-tu retranscrire?

Une atmosphère surnaturelle, nostalgique, onirique et artificielle. À cheval entre le rêve et la carte postale colorisée, procédé apparu dans les années 1900.

Quelle est la chose indispensable dont tu as besoin pour travailler? 

Pour photographier j’ai besoin d’être avec des gens inspirants, dans une confiance réciproque. Pour peindre j’ai besoin d’être seule, dans mon appartement, la nuit. J’écoute souvent de la musique, mais j’adore cette sensation de ville endormie. Tout y est différent, je trouve ça très stimulant. 

Un mot in a « trice » ?

Couleur.

@bambivader

www.eloiselabarbelafon.com

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